« En chemin, proclamez et dites : “Le royaume des cieux est tout proche!”
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. » (Matthieu 10, 7)_TOB
« Le règne de Dieu ne vient pas comme un événement qu’on pourrait voir venir. On ne dira pas : “Voyez, il est ici !” ou bien : “Il est là !” Car, sachez-le, le règne de Dieu est au milieu de vous. » (Luc 17,20-21)_TOB

« Il dit qu’il vient de la planète Terre. Il cherche le Royaume des Cieux. »
En 1961, alors que j’étudiais pour mon doctorat à Rome, j’ai assisté à l’ordination d’un prêtre de Bafut dans le nord-ouest du Cameroun. Il s’appelait Pius Suh Awa. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises au collège Propaganda Fide à Rome où il résidait à l’époque.
Douze ans plus tard, Pius devait devenir évêque du diocèse de Buea au Cameroun, mais je tiens à relater l’une de ses réalisations. Jeune prêtre, Pius a été nommé vicaire de la paroisse de Fiango à Kumba, puis superviseur des écoles catholiques de la région forestière de l’ouest du Cameroun. Pius était l’un des fils du « fon », le roi local de la tribu Bafut. Depuis plus d’un siècle, des combats fréquents opposaient les Bafuts à d’autres tribus locales, telles que les Mankons, les Metas et les Mungakas. Sa nouvelle position d’évêque offrait à Pius une possibilité unique.
À plusieurs reprises, lorsque dans certains villages les combats entre les tribus voisines s’intensifiaient, Pius est intervenu. Il convoquait les deux partis, les amenait à négocier, puis proclamait la paix. Son autorité était reconnue à la fois comme fils du « fon » des Bafuts et comme prêtre ordonné. Les groupes tombaient d’accord. La paix l’avait emporté. Pius avait agi comme un messager officiel de la paix.
Je trouve significatif qu’il ait choisi comme devise épiscopale affichée sur ses armoiries les mots latins « Ut Cognoscant Te ». Cela signifie : « Afin qu’ils Te connaissent ». Il considérait à juste titre que sa tâche consistait à faire en sorte que son peuple comprenne vraiment Dieu.
Que signifie « messager du Royaume de Dieu »?
Commençons par l’expression « le Royaume des Cieux ». Pour Jésus, elle représente la nouvelle réalité que son Père allait instaurer. Dans le « Royaume des Cieux », les « Cieux » représentent Dieu. C’est ce qui ressort des nombreuses situations où les évangiles mentionnent le « Royaume des Cieux » comme un équivalent évident. Pour éviter de mentionner Dieu par son nom, les juifs utilisaient souvent le mot « ciel » pour désigner Dieu. Ils disaient : « J’ai péché contre le ciel » et « nous ne savons pas si cela vient du ciel ou des humains » Pensez aussi à notre propre expression : « Le ciel nous en préserve ». Le « Royaume des Cieux » signifie donc le « Royaume de Dieu ».
Le mot « royaume » doit également être clarifié. Lorsque nous parlons d’un royaume, nous pensons généralement à un pays dirigé par un roi. Nous pouvons alors dire que quelqu’un a parcouru le royaume en long et en large ou qu’il y a eu une guerre entre deux royaumes et ainsi de suite. Ce n’est pas la première et la plus importante signification de malkûth, « royaume », pour les juifs. Malkûth signifiait que quelqu’un « était roi », ce que nous pouvons traduire par « royauté » en français. La royauté de Dieu signifie que Dieu règne en tant que roi.
Il reste très peu de rois ou de reines dans le monde et, là où il en existe encore, il s’agit, dans une large mesure, de figures de proue de l’unité nationale. Pour la plupart d’entre nous, il est facile d’oublier à quel point la position d’un roi était centrale dans les sociétés anciennes.
Dans les sociétés tribales comme Israël, la communauté ressemblait à une grande famille et le roi était le père de tous et de toutes. Il possédait en tant que père le pouvoir absolu et la responsabilité ultime. Sous un bon roi, toute la famille de la société s’épanouissait; sous un mauvais roi, tout le monde souffrait. Le roi était à la fois le législateur, le juge suprême et le chef de l’armée. En Israël, malgré les influences des nations voisines, l’image tribale d’un roi à la fois de proximité et paternaliste est restée prédominante.
L’Évangile montre clairement que pour Jésus la royauté de Dieu a apporté une nouvelle réalité à la société humaine. Il a instauré dans les relations humaines l’amitié, la paix, la tolérance, le pardon, le sacrifice de soi, l’attention à ceux et à celles qui sont dans le besoin, bref, un royaume d’amour.
Des messagers du Royaume de Dieu
N’oubliez pas qu’à l’époque de Jésus, la télévision, la radio et la presse n’existaient pas. Lorsqu’une réalité politique changeait, la population en était informée par des « messagers » officiellement désignés qui proclamaient ce qui se passait. Les messagers romains avaient annoncé le décret de l’empereur César Auguste concernant l’enregistrement de toute la population de la Syrie, à laquelle la Palestine appartenait à l’époque. Cette mesure obligeait les gens à se rendre dans leur ville d’origine. C’est ce décret qui a fait voyager Joseph et Marie de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée, puisque Joseph était un descendant de David (Luc 2, 1-5).
Évidemment, ce n’est pas n’importe quelle personne qui pouvait agir comme messager. Elle devait être officiellement nommée, autorisée à agir en tant que tel. Les messagers étaient autorisés à porter des messages d’État ou à faire des proclamations. Il faut savoir qu’une proclamation politique devait entraîner un résultat tangible. Une fois Ponce Pilate proclamé procurateur romain dans une ville ou un village, son autorité sur cette région était établie.
Jésus a choisi douze disciples et les a nommés messagers du nouveau Royaume de Dieu. Le mot grec « apôtre » signifie en fait messagers. La tâche principale des apôtres et de leurs successeurs ⎯ papes, évêques et prêtres ⎯ est d’instaurer la royauté de Dieu parmi les humains. Et au début, la nouvelle réalité a été rendue visible par des guérisons miraculeuses. « En chemin, proclamez et dites : “Le royaume des cieux est tout proche !” Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. » (Matthieu 10, 7; 8).
Ces premiers signes laissaient présager la guérison intérieure qui était le véritable objectif de Jésus. Cette guérison spirituelle allait transformer les gens. Comme l’expriment les béatitudes, elle rendrait les gens humbles en esprit, doux, assoiffés de justice, miséricordieux, purs de cœur, artisans de paix, prêts à souffrir pour la cause de la justice.
Questions
Est-ce ainsi que nous comprenons l’« autorité » dans l’Église d’aujourd’hui?
Notre ministère est-il d’abord et avant tout axé sur la transformation intérieure et spirituelle des gens?
Sommes-nous trop préoccupés par les aspects extérieurs de la gouvernance, par la beaurocratie, par l’imposition de règles, par l’administration?
Texte : John Wijngaards; caricatures : Tom Adcock
Le 10 janvier 2023
Publié en collaboration avec le Wijngaards Institute for Catholic Research [WICR] [Institut de recherche catholique Wijngaards]
© the Wijngaards Institute for Catholic Research
Traduction réalisée par Pauline Jacob et Michel Goudreau à partir de la version gratuite du traducteur DeepL.
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