L’autorité des prophètes

« En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont nés d’une femme, il ne s’en est pas levé de plus grand que
Jean le Baptiste; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui »
(Matthieu 11,11)_TOB.

« Lorsqu’ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, 20car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui
parlera en vous. » (Matthieu 10,19-20)_TOB.

N’assommez pas votre pharmacien, mon père! Vous en avez besoin pour votre goutte.

Lors d’une de mes tournées de conférences, j’ai été l’invité de l’évêque d’un petit diocèse missionnaire du nord de l’Inde. Il m’a rapporté une histoire intéressante. Je vais la relater en y apportant quelques légères modifications pour préserver l’anonymat. L’essentiel est vrai.

« Chaque année à Noël, nous avions un énorme problème , m’a raconté l’évêque. Le Shah de la région et sa famille élargie se présentaient à la messe de Noël dans la cathédrale, occupant les cinq premières rangées de bancs de chaque côté. En tant que musulmans, ils voulaient eux aussi célébrer la naissance du Christ. Mais chaque année, à l’occasion de cette fête très importante, nos propres chrétiens issus pour la plupart de milieux pauvres et modestes étaient relégés aux derniers rangs. Je ne savais pas quoi faire – jusqu’à ce que je lise la légende du rusé peintre Fernando. La connaissez-vous? »

« Non », ai-je répondu.

« Un roi d’Espagne était aveugle d’un œil et boiteux d’une jambe. Un jour, le roi a annoncé qu’il cherchait un artiste pour peindre un portrait élégant de lui-même. Aucun des peintres reconnus n’osa envisager ce travail, car il leur était impossible de peindre un portrait angélique d’un homme physiquement handicapé. Fernando accepta cependant et peignit un tableau classique du roi, un tableau si phénoménal qu’il suscita l’admiration. Il a peint le roi en train de chasser en visant un cerf, avec un œil fermé et une jambe pliée. J’en ai conclu que je devais moi aussi faire preuve de ruse. J’en ai discuté avec mon secrétaire. Il faut que je donne au Shah une excuse intelligente », lui ai-je dit.

Il me l’a déconseillé. « Non » dit-il. Pourquoi ne pas être direct? Explique simplement ta situation au Shah. » Après réflexion, j’ai décidé de suivre son conseil prophétique. Oui, mon secrétaire avait raison. Le Shah a compris. Nous avons convenu de célébrer ensemble, chrétiens et musulmans, la naissance de Jésus dans l’après-midi de chaque jour de Noël.

Les prophètes

Commençons par réaliser que nous passons à côté de l’essentiel si nous pensons qu’un prophète est quelqu’un qui prédit l’avenir. Non, dans la compréhension biblique du terme, un prophète parle avec autorité au nom de Dieu. Lorsque Dieu a conclu une alliance avec le
peuple juif, trois ministères distincts sont apparus : les prêtres qui sacrifiaient dans le temple, les rois qui gouvernaient et les prophètes qui délivraient des messages au nom de Dieu. Le rôle des prophètes, quatre prophètes majeurs et douze prophètes mineurs, est bien illustré par les livres de l’Ancien Testament qui rapportent leurs paroles. En hébreu, un prophète était appelé « Nevî », ce qui signifie probablement une personne en qui le feu jaillit.

Il convient également de noter que ces prophètes étaient issus de toutes sortes de milieux sociaux. Isaïe travaillait à la cour royale de Jérusalem. Jérémie et Ezéchiel étaient prêtres au temple. Amos gardait un troupeau de moutons. Osée était probablement un homme d’affaires. Néhémie, un exilé hébreu, travaillait pour le roi de Perse. Oui, il s’agissait de gens ordinaires. Voyant ce qui n’allait pas à leur époque, ils sentaient la colère de Dieu monter en eux. Puis, inspirés par l’Esprit, ils manifestaient la volonté de Dieu.

Jésus acceptait l’autorité des prophètes de l’Ancien Testament. Dans sa prédication, il s’y réfère souvent en termes généraux (Luc 6, 23 ; 11, 47 ; Matthieu 13, 17). Mais il les a également cités par leur nom : par exemple Élie (Luc 4, 25-26) ; Élisée (Luc 4, 27) ; Ésaïe (Matthieu 12, 17) et Jonas (Matthieu 12, 39).

Les prophètes au temps de Jésus

Jésus a manifestement considéré Jean-Baptiste comme un véritable prophète. En une
occasion, il l’a déclaré clairement :

Alors, qu’êtes-vous allés voir? Un prophète? Oui, je vous le déclare, et plus qu’un
prophète. C’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager en avant de toi; il
préparera ton chemin devant toi. En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont nés d’une femme, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste; et cependant
le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. (Matthieu 11, 9-11)_TOB

Mais remarquez la dernière phrase : « et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. »(Matthieu 11, 11). Cela signifie que tous les disciples de Jésus, tous ceux qui ont été baptisés en son nom, possèdent en principe le don de prophétie. Il le dit aussi clairement dans cette déclaration :

Ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez
traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi : ils auront là un témoignage, eux et les païens. Lorsqu’ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous.(Matthieu 10, 17-20)_TOB

Et l’Esprit parlera à travers le peuple de Dieu non seulement dans des moments aussi
dramatiques que lors d’un interrogatoire en captivité. L’Esprit de Dieu peut parler lorsque, sur des questions éthiques ou religieuses, les fidèles donnent leur avis en toute honnêteté. Jésus aussi a entendu l’Esprit de son Père dans ce que les gens lui disaient. Il est remarquable de constater combien de fois Jésus s’est laissé guider par les suggestions des autres.

• À Cana, Jésus n’avait pas l’intention de faire un miracle. « Mon heure n’est pas encore venue » (Jean 2, 4). Pourtant, il a accompli le miracle parce que sa mère le lui a
demandé.
• C’est André qui a présenté Simon Pierre à Jésus pour la première fois. Jésus a récompensé l’initiative d’André en acceptant Pierre comme l’un des apôtres.
• Jésus a cédé à Nicodème qui voulait lui parler la nuit.
• Il a dit oui aux Samaritains de Sychar qui lui ont demandé de rester quelques jours
dans leur ville.

Questions

Pourquoi les responsables de l’Église agissent-ils généralement comme si le don de prophétie s’était perdu à notre époque? Se rendent-ils suffisamment compte qu’ils devraient prêter attention à cette voix?

Bien sûr, il faut faire preuve de discernement. Certaines personnes honnêtes peuvent
donner des conseils qui, après un examen approfondi, s’avèrent erronés. Mais la multiplicité des voix peut-elle être si facilement écartée? Si, par exemple, comme l’indiquent les sondages, des voix appelant des femmes à l’ordination presbytérale sont
soutenues par plus de 70 % des catholiques dans les principaux pays, ne doit-on pas les écouter? Il n’y aurait aucune autorité prophétique dans leurs voix?