« Lorsqu’on vous amènera devant les synagogues, les chefs et les autorités, ne vous inquiétez pas de
savoir comment vous défendre et que dire. Car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il
faut dire. » (Luc 12, 11-12)_TOB

« Personne ne connaît vraiment Dieu! Pas même votre évêque! »
Dans les années 1990, un ami m’a invité à visiter une église peu commune à Nimègue aux Pays-Bas. Il m’y a emmené un dimanche matin. Alors que la fréquentation des églises commençait à diminuer dans d’autres paroisses, cette grande église était pleine à craquer. Le plus intéressant, c’est que les adolescents étaient eux aussi de fervents habitués.
Je n’ai pas tardé à en découvrir la raison. Le curé, que j’appellerai Rupert, prêchait des sermons d’un genre différent. Il ne s’agissait pas d’homélies à caractère spirituel peu convaincantes sur des passages de l’Évangile prononcées dans d’autres paroisses. Les sermons de Rupert traitaient de questions sérieuses.
En fait, Rupert prononçait des sermons de grande qualité sur des questions clés. Par exemple, une série de sermons portait sur « Dieu et l’évolution. » Rupert présentait les raisons scientifiques permettant d’accepter l’évolution. Il examinait la question à savoir si la science et la foi étaient en conflit l’une avec l’autre. Il expliquait pourquoi les récits de la création dans la Genèse ne contredisent pas l’évolution, etc.
Le thème d’une autre série de sermons a été « Comment savons-nous que Dieu existe? » Rupter mettait en évidence diverses caractéristiques de notre univers nécessitant un éclairage plus profond. Il examinait les raisons pour lesquelles certains scientifiques de premier plan refusaient d’accepter l’existence d’un Dieu. Il rejetait l’idée familière du Dieu supergestionnaire. Il soulignait que nous ne pouvions parler de Dieu qu’en termes d’images et ce que cela signifiait. Il invitait le public à adopter de nouvelles façons de penser et de parler de Dieu.
D’autres sermons traitaient des questions suivantes :
Comment un Dieu bon peut-il permettre la souffrance?
Comment notre idée chrétienne de Dieu diffère-t-elle des concepts musulmans, hindous et bouddhistes de Dieu?
Pouvons-nous nous fier à ce que la télévision, la radio et d’autres médias disent de Dieu?
Comment comprendre le Dieu violent de l’Ancien Testament?
Qu’est-ce que Jésus a enseigné sur Dieu?
Lorsque j’ai rencontré Rupert après la messe, il m’a dit qu’il organisait une réunion hebdomadaire avec un groupe d’adolescents et d’adolescentes pour tester le contenu de son prochain sermon.
La prédication lors de la messe dominicale
Pour les chrétiens évangéliques, le sermon est la partie centrale du culte dominical. Il s’agit généralement d’un enseignement sur les textes bibliques qui dure au moins une heure. Le prédicateur donne une interprétation détaillée des passages bibliques. Les auditeurs et les auditrices ont généralement un exemplaire de la Bible avec eux afin de pouvoir lire les passages dont il est question. Souvent, ils ont aussi un calepin et un crayon pour noter les enseignements qu’ils trouvent vraiment utiles.
Par contraste, les sermons catholiques sont généralement de courtes homélies. Les documents liturgiques les présentent comme des réflexions sur les lectures du jour. Les sermons deviennent de brefs discours d’encouragement : les prédicateurs répètent plus ou moins ce qui a été dit dans les lectures, avec quelques explications sur la manière dont cela pourrait influencer la vie quotidienne. En réalité, les homélies sont généralement des discours prévisibles, superficiels et pieux. La situation s’est aggravée dans de nombreux pays parce que les prêtres vieillissent et ne peuvent pas prendre leur retraite faute de nouvelles vocations.
Bien entendu, pour les catholiques, le sermon n’est pas l’élément central de l’eucharistie. Pour les catholiques, ce qui compte le plus, c’est l’immersion dans la réalité sacramentelle : le sacrifice renouvelé de Jésus et notre rencontre avec lui dans la sainte communion. Mais cela ne doit pas signifier que le rôle instructif du sermon devrait être négligé.
La plupart des adolescents et des jeunes adultes trouvent que nos sermons catholiques sont une perte de temps. Pire encore, le langage pieux et l’imagerie désuète sont en contradiction avec notre vision moderne d’un monde scientifique et évolutif. Les sermons sont l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses personnes cessent d’aller à l’église.
Qu’en pense Jésus?
Jésus a prêché. Et il a adapté sa façon de prêcher à son auditoire.
À des gens ordinaires qui n’étaient qu’à moitié intéressés par ce qu’il avait à dire, il a présenté des paraboles. Et il expliquait pourquoi : « Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre » Il voulait que les paraboles intriguent les gens et les forcent à réfléchir (lire l’ensemble de Matthieu 13, 10-17).
Aux personnes désireuses de l’écouter, il parlait plus clairement, comme dans le sermon sur la montagne (Matthieu 5-7).
En s’adressant à la Samaritaine, il se référait à des idées et des images qui lui étaient familières : l’eau vive, l’adoration sur la montagne, la venue du messie (Jean 4, 4-26).
S’adressant aux prêtres dans le temple, le jour où ils transportaient de l’eau de la piscine de Siloé jusqu’à l’enceinte du temple, Jésus utilisait à nouveau des images qu’ils comprenaient (Jean 7,37-39).
Lorsqu’il discutait avec les scribes et les pharisiens, il emploiyait les termes juridiques qu’ils étaient habitués d’utiliser (Matthieu 13, 13-36).
Jésus attendait évidemment de ses apôtres qu’ils fassent de même lorsqu’ils prêchaient. La prédication était leur tâche principale. Ils devaient entrer avec audace dans chaque village et chaque ville. Ils pouvaient le faire avec autorité. Ils étaient chargés de prêcher. « Si l’on ne vous accueille pas et si l’on n’écoute pas vos paroles, en quittant cette maison ou cette ville, secouez la poussière de vos pieds. En vérité, je vous le déclare : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité avec moins de rigueur que cette ville. » (Matthieu 10, 14-15)_TOB.
Et, prédisant la persécution à laquelle ils devront faire face à l’avenir, il les rassurait en leur disant qu’ils seraient capables d’expliquer le message à chaque auditoire de manière appropriée. « Lorsqu’on vous amènera devant les synagogues, les chefs et les autorités, ne vous inquiétez pas de savoir comment vous défendre et que dire. Car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faut dire » (Luc 12, 11-12)_TOB.
Les Actes des Apôtres montrent comment l’apôtre Paul a adapté son approche à différents publics. Un exemple clair est son discours sur la colline des philosophes, l’Aréopage, à Athènes. « Athéniens, je vous considère à tous égards comme des hommes presque trop religieux. Quand je parcours vos rues, mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j’ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : “Au dieu inconnu”. Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c’est ce que je viens, moi, vous annoncer. Le Dieu qui a créé l’univers et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des temples construits par la main des hommes » (Actes 17, 22-24; pour plus de détails, lire Actes 17, 1-34).
Questions
Nos homélies dominicales au langage mielleux proclament-elles vraiment le message de Jésus aux gens de notre époque?
Nos adolescents, nos adolescentes et nos adultes instruits sont confrontés à de sérieuses pressions de la part des médias de notre époque séculière qui ignorent la religion ou qui y sont souvent hostiles. Ne devrions-nous pas, par nos sermons, relever le défi et proclamer notre foi d’une manière qui ait du sens pour nos contemporains?
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