L’autorité du “sens de la foi” catholique

« C’est pourquoi, je vous le dis : tout péché, toute insulte faite à Dieu seront pardonnés aux
êtres humains; mais celui qui fait insulte à l’Esprit saint ne recevra pas de pardon. Celui qui
dit une parole contre le Fils de l’homme sera pardonné; mais celui qui parle contre l’Esprit
saint ne sera pardonné ni dans le monde présent, ni dans le monde à venir. »
(Matthieu 12, 31-32)_TOB

 

« Ma foi me dit que vous pouvez me trouver un endroit où dormir. »

Je suis né par une chaude journée de mousson à l’hôpital St Vincent de Paul de Surabaya en Indonésie, qui s’appelait encore à l’époque les Indes orientales néerlandaises. C’était le lundi 30 septembre 1935. Mes parents étaient néerlandais. Mon père était directeur d’une école primaire qui comprenait deux sections, l’une néerlandophone et l’autre malaisophone.

Lorsque ma mère a été ramenée de la salle d’accouchement à sa chambre, un conflit a éclaté avec les autorités paroissiales. Les détails de cet événement ont été dûment consignés dans les archives de ma famille. Mes parents étaient de fervents catholiques et, dans la mesure du possible, communiaient tous les jours. Ma mère a donc demandé qu’on lui apporte la sainte communion le lendemain, comme elle en avait l’habitude.

La religieuse de l’hôpital a déclaré qu’il n’en était pas question et a refusé de l’inscrire sur la liste pour la sainte communion : « Vous n’avez pas eu vos relevailles »

C’était l’époque où « le rite des relevailles » était encore pratiqué par les catholiques dans de nombreux pays. Cette coutume déplorable était le résultat d’anciennes craintes liées à l’accouchement et de préjugés médiévaux fondés sur Lévitique 12, 2-8. Après l’accouchement, une femme était considérée comme impure. Quarante jours après l’accouchement, une jeune maman devait se présenter à la porte de l’église, un cierge allumé dans une main et une offrande dans l’autre. Ce n’est que lorsqu’un prêtre l’avait bénie, la purifiant ainsi de toute souillure menstruelle, qu’elle pouvait à nouveau participer à l’eucharistie. Cela signifiait également qu’une mère ne pouvait pas assister au baptême de son nouveau-né, qui avait lieu à l’église peu après la naissance.

Alors qu’elle était âgée de neuf ans, ma mère avait vu sa propre mère être soumise au rituel des relevailles à de nombreuses reprises. Elle s’était juré qu’elle ne se soumettrait jamais à ce rituel.

« Je n’ai pas besoin du rite des relevailles », affirmait-elle.

« Mais vous êtes impure. Vous ne voulez pas déshonorer le Saint Sacrement, n’est-ce pas? »

« Je viens de faire la chose la plus merveilleuse de ma vie : donner naissance à un enfant »

a rétorqué ma mère. « Pourquoi aurais-je besoin d’être purifiée? »

La sœur ne voulait pas céder. Ma mère non plus. Elle a insisté pour qu’on appelle le prêtre de la paroisse. Le père Jan Zoetmuller, de la paroisse du Sacré-Cœur, arriva prestement. D’autres discussions s’ensuivirent, car il a lui aussi essayé de convaincre ma mère. En vain. Elle a insisté pour qu’il lui apporte la communion comme auparavant.


Le lendemain matin, le mardi 1er octobre 1935, ma mère a reçu la sainte communion comme d’habitude. Puis elle a été présente lorsque le curé m’a baptisé dans la chapelle de l’hôpital.

Ma mère n’avait en fait jamais reçu de formation théologique. Personne ne lui avait dit que cette tradition des relevailles n’était pas correcte. Elle savait simplement que ce n’était pas bien. Elle le savait grâce au profond « sens de la foi » qu’elle portait dans son cœur. Et elle avait raison. Après le concile Vatican II, le « rite des relevailles » a été totalement aboli.

Le « sens de la foi »

Comment savoir ce qui appartient vraiment à notre foi catholique? Est-ce seulement ce que les prêtres, les évêques et le pape nous transmettent? Non. Une source importante se trouve dans nos cœurs et nos esprits. Dans le passé, on l’a appelé le « sens de la foi », le « sens des fidèles », l’« Évangile dans le cœur », le « sens catholique », l’« esprit ecclésial », le « sens de l’Église » ou parfois le « consensus de l’Église », en se rappelant que dans ces dernières expressions, « l’Église » représente l’ensemble de la communauté des croyants et des croyantes. La tradition a toujours souligné le rôle crucial que joue le « sens de la foi » dans la vie de l’Église. Car il est vivant et vigilant.

Le sens de la foi dans nos cœurs ne se contente pas de porter un faisceau de vieilles vérités. Sous la conduite de l’Esprit, il teste les nouveaux développements et évalue leur valeur. Notre esprit est confronté à de nouveaux problèmes et à de nouvelles situations, ce qui permet à notre foi de grandir grâce à une meilleure compréhension de la réalité présente. Elle permet de remettre en question les anciennes vérités, de s’adapter, de croître et de produire davantage de fruits. Cela fait de la tradition chrétienne une tradition vivante, vivante parce qu’elle s’ouvre à des horizons plus larges tout en faisant face à des questions auxquelles il faut répondre. Le sens de la foi est le fruit de la conscience de Dieu, une conscience toujours renouvelée.

Le concile Vatican II enseigne que ce « sens de la foi » est le fondement de l’infaillibilité, de son inhérence:

La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1 Jean 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs », elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, […] le Peuple de Dieu reçoit non plus une parole humaine, mais véritablement la Parole de Dieu (cf. 1 Thessaloniciens 2, 13), il s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jude 3), il y énètre plus profondément par un jugement droit et la met plus parfaitement en œuvre dans sa vie.( Lumen Gentium 12).

Au cours des dernières décennies, certains documents du Vatican ont tenté de minimiser l’impact du « sens de la foi ». Ils rejettent la valeur des sondages et stipulent que le pape, les évêques et les prêtres doivent tout approuver. Ils énumèrent les qualités qu’un catholique doit posséder avant que son « sens de la foi » ne soit pris en compte. Et, bien sûr, c’est juste. Le « sens de la foi » d’une personne peut parfois être mal orienté. Mais qu’en est-il du danger de le sous-estimer?

Qu’en pensait Jésus?

Toute la prédication et tous les miracles de Jésus étaient une manifestation de l’Esprit. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur. » (Luc 4, 18)_TOB Remarquez que Jésus dit avoir été oint par l’Esprit de Dieu. L’onction était un rituel destiné à conférer à quelqu’un une position officielle, comme pour un prêtre ou un roi.

Lorsque Jésus parle à Nicodème, il lui explique que par le baptême une personne naît à nouveau, la seconde naissance n’étant pas celle d’une mère terrestre, mais celle de l’Esprit. « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas si je t’ai dit : “Il vous faut naître d’en haut”. Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »(Jean 3, 5-8)_TOB

Lors de la dernière Cène, Jésus le confirme à nouveau : « Je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. »(Jean 14, 16-17)_TOB

C’est par l’Esprit que chaque fidèle a ce sens profond de la foi qui lui permet de savoir ce qui est conforme à l’enseignement de Jésus, au royaume d’amour du Père qu’il est venu instaurer.

La première lettre de Jean exprime très clairement qu’il en résulte un certain degré de certitude :
« Pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne; mais comme son onction vous enseigne sur tout – et elle est véridique et elle ne ment pas –, puisqu’elle vous a enseignés, vous demeurez en lui. » (1 Jean 2, 27)_TOB

Questions

  • L’« autorité enseignante » de l’Église n’a-t-elle pas, au cours des derniers siècles, totalement ignoré le « sens de la foi »?

  • Et pourquoi rejeter les informations fournies par les sondages? De nombreux sondages sont assez perfectionnés. Si, comme ils le révèlent, jusqu’à 70% des catholiques pratiquants dans les principaux pays croient que les femmes devraient être ordonnées prêtres, ces résultats peuvent-ils être rejetés d’emblée?