Réforme de l’autorité – peut-on éviter un schisme?

« Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples commencèrent à dire : “Cette parole est rude ! Qui peut l’écouter?” … Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui. » (Jean 6, 60.66)_TOB

 


« Vous devez aussi servir de la viande, mon père. Sinon, je rejoindrai les baptistes! ».

Dans les années 1980, alors que j’étais encore vicaire général des Missionnaires de Mill Hill, j’avais effectué une visite en France. En voiture, j’avais rendu visite à certains de nos missionnaires retraités qui, après leur retour de missions à l’étranger, aidaient les paroisses françaises. J’ai ensuite quitté Lyon pour traverser les Alpes et me rendre à Genève, en Suisse, afin d’assister à une réunion du Conseil œcuménique des Églises.

À la sortie de Lyon, j’ai vu un prêtre, portant une soutane noire et un col blanc, debout sur le bord de la route, qui demandait qu’on l’emmène. J’ai arrêté la voiture. Lorsqu’il s’est assis, nous nous sommes présentés l’un à l’autre. Je l’appellerai Père Paschal.

Lorsque je l’ai interrogé sur son ministère, il m’a répondu : « Je suis toujours curé, mais je suis un disciple de Mgr Lefebvre. »

« Monseigneur Lefebvre?!, me suis-je exclamé. Mais Lefebvre n’est plus en pleine communion avec l’Église! »

Mgr Marcel Lefebvre était à la tête d’un bloc conservateur lors des sessions du concile Vatican II. Il n’a pas accepté de nombreuses décisions du Concile. Il s’est coupé de l’Église en 1988 en consacrant quatre évêques contre les strictes interdictions du Vatican.

« Je suis d’accord avec Mgr Lefebvre, a-t-il répondu. Le concile Vatican II a commis de nombreuses erreurs. Il a toléré la “liberté religieuse”, l’œcuménisme, la collégialité et d’autres absurdités. »

« Ce ne sont pas des absurdités, ai-je réagi. Ce sont des exigences de notre époque moderne, en harmonie avec notre foi catholique ».

« Eh bien, vous vous trompez, a déclaré le père Paschal. Je suis sûr que vous dites la messe en langue vernaculaire? »

« Oui, certainement. »

« C’est une autre atrocité introduite par Vatican II. Le latin est notre langue sacrée. Il ne faut pas l’abandonner. Je célèbre toujours l’Eucharistie en latin. »

Notre discussion n’aboutit à rien. Arrivé à Genève, il prit congé de moi en me disant qu’il se rendrait à Écône, où se trouvait le siège de la Fraternité Pie X de Lefebvre.

Un schisme parmi les disciples de Jésus

Des centaines de schismes plus ou moins importants se sont produits dans l’histoire de l’Église. La majorité d’entre eux étaient dus à des traditionalistes qui ne voulaient pas accepter une nouvelle compréhension de la doctrine ou de la pratique religieuse.

C’était déjà le cas à l’époque de Jésus. Le chapitre 6 de l’Évangile de Jean raconte comment Jésus, sur les rives du lac de Galilée, a accompli le miracle de la multiplication des pains et des poissons. Cinq mille de ses disciples en ont bénéficié (Jean 6, 10). Lorsque Jésus passa sur l’autre rive du lac, un grand nombre d’entre eux le suivirent, désireux d’entendre davantage son enseignement.

Dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus annonça que, comme la manne que les Juifs mangeaient dans le désert, il était le Pain de Vie. Il a répété : « Vous mangerez ma chair et vous boirez mon sang », en référence à l’instauration de l’eucharistie (Jean 6, 25-59).

Il s’agissait d’une nouvelle réalité qu’un groupe d’adeptes ne voulait pas accepter. Elle allait à l’encontre de tout ce qu’ils croyaient en tant que juifs. En l’entendant, beaucoup de ses disciples dirent : « Cette parole est rude! Qui peut l’écouter? » (Jean 6, 60) Malgré les supplications de Jésus, ils lui tournèrent le dos. « Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui » (Jean 6, 66).

Malgré cela, Jésus n’a pas changé son enseignement. « Alors Jésus dit aux Douze : “Et vous, ne voulez-vous pas partir?” Simon-Pierre lui répondit : “Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle.” » (Jean 6, 67-68)_TOB

Pas disposé à accepter une nouvelle compréhension

Lors de la dernière Cène, Jésus a annoncé que les générations futures de ses disciples auraient besoin de réabsorber et de reformuler son enseignement dans leur propre monde. Il a promis que son Esprit, actif en eux, serait capable d’accomplir cette mission.. « Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous; le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jean 14, 26-27)_TOB. Et aussi :
« J’ai encore bien des choses à vous dire mais vous ne pouvez les porter maintenant; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. » (Jean 16, 12-13)_TOB.

Jésus a également prévu la possibilité de schismes. Dans sa prière lors de la dernière Cène, il a demandé l’unité entre les disciples. « Je ne prie pas seulement pour eux [les Douze], je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi : que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi, pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite » (Jean 17, 20-23)_TOB.

Mais la prière de Jésus pour l’unité n’implique pas que cette unité doive être maintenue au prix du rejet des nouveaux développements défendus par son Esprit (Jean 14, 26-27; 16, 12-13).

Questions

  • À tous les niveaux de l’Église, il existe des groupes traditionalistes. Ils forment souvent des cercles fermés dans lesquels les membres se convainquent continuellement les uns les autres à résister au changement. Pouvons-nous, d’une manière ou d’une autre, pénétrer dans ces cercles et entamer une discussion significative?

  •  Les réformes de Vatican II n’ont souvent pas été acceptées par les gens parce que leur justification n’avait pas été correctement expliquée. Les responsables de l’Église prendront-ils désormais soin de fournir des informations détaillées sur les motifs et les raisons lorsqu’ils introduisent des réformes?