« Ils [les scribes et les Pharisiens] aiment à occuper les premières places dans les dîners et les premiers sièges
dans les synagogues, à être salués sur les places publiques et à s’entendre appeler “Maître” par les hommes.
Pour vous, ne vous faites pas appeler “Maître”, car vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères.
N’appelez personne sur la terre votre “Père”, car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. Ne vous faites pas
non plus appeler “Docteurs”, car vous n’avez qu’un seul Docteur, le Christ. » (Matthieu 23, 6-10)_TOB

« Qu’entendez-vous par “vous avez perdu votre statut divin?” »
Vous ne croirez pas ce que je vais vous raconter, mais c’est arrivé. C’était dans les années 1960, dans la partie flamande de la Belgique.
Un de mes amis faisait partie du personnel d’un grand séminaire. Vous devez savoir que les catholiques en Belgique, tout comme dans le sud des Pays-Bas à l’époque, étaient très pieux. Ils étaient des pratiquants convaincus. Ils avaient également une très grande estime pour les prêtres.
La plupart des gens étaient des fermiers locaux qui possédaient de petites propriétés et n’étaient en aucun cas riches. Des étables pour les vaches et les cochons étaient attenantes à la maison du fermier ainsi que des toilettes primitives. La maison proprement dite comportait un étage avec des chambres à coucher et, au rez-dechaussée, une cuisine et une salle de séjour. Elle comportait aussi généralement, près de la porte d’entrée, un petit salon spécialement décoré. C’est là qu’un prêtre était reçu lors de sa visite afin de l’éloigner de l’odeur des écuries et des latrines.
Mon ami, professeur au séminaire, parlait de l’estime parfois exagérée envers les prêtres. Et il m’a donné un exemple.
Quelques semaines auparavant, un couple d’une ferme locale avait visité le séminaire. Il s’agissait des parents de l’un des étudiants.
« Je leur ai montré les différents lieux du séminaire », dit mon ami. « La chapelle, les salles de classe, la salle d’étude, le réfectoire, la salle de récréation, etc. Puis nous sommes arrivés à l’endroit où se trouvent les douches, les latrines, les toilettes. L’agriculteur a regardé autour de lui avec une certaine surprise. Puis il s’est tourné vers moi en secouant la tête et m’a dit : “Oui… Bien sûr. Les prêtres aussi doivent aller aux toilettes…”. Comme s’il n’avait pas compris que nous, les prêtres, sommes des êtres humains comme les autres ».
Cette histoire peut sembler exagérée. La vérité est que dans de nombreux pays, les prêtres ont été mis sur un piédestal. L’une des conséquences a été que certains candidats ont postulé – et postulent peut-être encore – pour devenir prêtres afin d’obtenir ce statut plus élevé.
Une classe sociale privilégiée?
Le Moyen Âge chrétien s’est développé sous la forme d’une société féodale. La communauté se divisait grosso modo en trois groupes : la noblesse, les artisans et les dépendants, c’est-à-dire souvent les esclaves. Les gens étaient considérés comme appartenant à l’une de ces classes sociales parce qu’ils y étaient nés. Ou, pour le dire de manière sociologique, ils appartenaient à telle classe par ascription. Un noble, même s’il était pauvre et vêtu de haillons, conservait le respect dû à un noble.
En raison du prestige dont jouissait l’Église au cours de ces siècles, le clergé était considéré comme faisant partie de la noblesse ou comme étant parallèle à celle-ci. La plupart des vocations provenaient de ce groupe et devenir prêtre ou religieux n’était donc pas considéré comme une perte de statut. Un ecclésiastique était respecté simplement parce qu’il était ecclésiastique, tout comme un noble était respecté parce qu’il appartenait à la noblesse. Cela était également inscrit dans le droit ecclésiastique.
L’Église a emprunté à la noblesse de nombreux symboles du statut social qui caractérisent aujourd’hui le clergé. Le droit canonique a consacré des coutumes visant à souligner le statut social supérieur du clergé. Il s’agit par exemple de l’habit distinctif, de la forme respectueuse de l’adresse, de la préséance à accorder à l’intérieur et à l’extérieur de l’église et du privilège de l’immunité.
Ces symboles du statut social étaient soigneusement classés en fonction du rang hiérarchique. Un évêque était censé porter plus de pourpre qu’un monseigneur ordinaire. Alors qu’un évêque était appelé « Monseigneur » (ce qui correspond au rang d’un baron), un archevêque était appelé « Votre Grâce » (titre réservé aux ducs) et un cardinal « Votre Éminence ».
La société moderne a abandonné le concept de classes supérieures et inférieures. En vertu de la loi, tous les individus sont considérés comme des citoyens à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. La position dans la société est, au moins théoriquement, due à ce que l’on fait et non à son milieu familial. On est respecté en raison de sa profession : chirurgien, ingénieur, journaliste, avocat ou ministre d’État. En revanche, l’Église est restée accrochée, dans la pratique, à la défense d’un statut plus élevé pour les clercs.
Qu’en pensait le Christ?
À l’époque du Christ, les scribes et les pharisiens se considéraient comme une classe à part. Ils méprisaient les gens ordinaires qu’ils appelaient « am ha-ares », c’est-à-dire « les gens du pays ». Les écrits rabbiniques ont conservé des exemples de réel mépris. « Un homme doit être prêt à vendre tout ce qu’il possède pour épouser la fille d’un scribe. Il ne doit jamais prendre la fille d’un homme du peuple, car ceux-ci sont méprisables et leurs filles sont une abomination ». Les scribes ne devaient pas se mêler à ces gens-là, même dans la vie de tous les jours. « Un pharisien ne doit pas entrer dans une maison de gens du peuple en tant qu’invité, ni leur donner l’hospitalité en tant qu’hôte. »
Les scribes et les pharisiens s’attribuaient ainsi une plus grande dignité, une plus grande valeur intérieure, une position sociale supérieure et même une plus grande sainteté aux yeux de Dieu.
C’est cette situation que Jésus a critiquée. Il ne condamnait pas seulement l’orgueil individuel de certains scribes et pharisiens, mais leur attitude en tant que groupe. En tant que classe, ils insistaient pour avoir la préséance dans les synagogues et dans les réunions sociales. En tant que classe, ils voulaient être reconnus et acclamés chaque fois qu’ils apparaissaient en public. En tant que classe, ils s’étaient réservé certains titres que les autres n’étaient pas autorisés à utiliser. Pour faire ressortir la dignité supérieure qu’ils pensaient posséder, ils se sont mis sur un piédestal.
Le Christ n’a pas voulu que ses futurs ministres forment un groupe similaire de statut supérieur. « Pour vous, […] vous êtes tous frères. N’appelez personne sur la terre votre “Père”, car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler “Docteurs”, car vous n’avez qu’un seul Docteur, le Christ » Matthieu 23, 8-10_TOB.
Dans son comportement, Jésus lui-même a respecté le principe de l’acceptation d’une dignité commune à tous les humains. À sa naissance, il a été placé dans une mangeoire comme l’aurait été n’importe quel autre enfant des gens ordinaires dans les mêmes circonstances (Luc 2, 6). Des bergers ordinaires ont été invités à célébrer sa naissance (Luc 2, 7-8). Jésus a passé les premières années de sa vie dans un hameau très modeste appelé Nazareth (Jean 1, 36). On l’appelait « le fils du charpentier » et sa mère et ses parents étaient considérés comme des gens comme les autres (Matthieu 13, 55-56). Les pharisiens étaient scandalisés par le fait que Jésus fréquentait librement « les publicains et les proscrits » (Matthieu 9, 11).
La chose que Jésus n’a jamais faite, c’est de se mettre sur un piédestal, même si, en tant que Fils de Dieu, il aurait pu le faire.
Questions
De nos jours, l’Église a réaffirmé la dignité essentiellement égale de tous ses membres. Avons-nous vraiment assimilé toutes les implications de cette réaffirmation? Il n’y a donc, dans le Christ et dans l’Église, aucune inégalité qui viendrait de la race ou de la nation, de la condition sociale ou du sexe […] Même si certains, par la volonté du Christ, sont institués docteurs, dispensateurs des mystères et pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité commune à tous les fidèles dans l’édification du Corps du Christ, il règne entre tous une véritable égalité. ( Vatican II, Le Mystère de l’Église, no 32)
Si nous pensons qu’une perte de statut social implique nécessairement une perte d’autorité, ne se pourrait-il pas que nous ayons mal compris le type d’autorité auquel Jésus pense? Si l’autorité de Jésus n’implique pas la revendication d’un statut supérieur, pourquoi les dirigeants de l’Église le réclame-t-ils?
Catholic Scholars’ Statement on the Ethics of Using Contraceptives
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Academic Statement on the Ethics of Free and Faithful Same-Sex Relationships